Histoire, Thème 2, Question 2: Citoyenneté et empire à Rome (Ier- IIIe siècle)

Publié le 28 Août 2018

Thème 2 - L’invention de la citoyenneté dans le monde antique

(7– 8h)

 

Question 2: Citoyenneté et empire à Rome (Ier- IIIe siècle)

 

- L’extension de la citoyenneté à  la Gaule romaine : les tables  claudiennes. 
- L’extension de la citoyenneté à l’ensemble de l’empire : l’édit de  Caracalla. 

 

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Notions transversales
Cité, citoyen/citoyenneté, constitution, démocratie (directe), dictature, élection, esclavage, loi, république, souveraineté, évergétisme, intégration, pérégrin, romanisation, romanité

 

Objectifs 
-    Comprendre comment est organisé l’empire romain aux Ier et IIème siècles. 
-    Comprendre ce qui caractérise la citoyenneté romaine. 
-    Comprendre comment la citoyenneté romaine devient un outil d’intégration. 

 

I: Le cadre chronologique et spatial

A: Le cadre chronologique

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On appelle Haut Empire, la période qui s’étend de 14 après J.-C., année de la mort d’Auguste (qui a mis en place l’Empire en -27) à 235 après J.C. L’Empire succède à la République (qui était un régime oligarchique, dirigé par des nobles). 

 

 

B - Le cadre spatial : un empire vaste et puissant. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C  - Comment est administré cet Empire ?

 

1 - Les provinces

 

 

 


II. Citoyens et non-citoyens

 

Pour être citoyen il faut être un homme libre né de parents citoyens légalement mariés.

 

A - Droits

Être citoyen, c’est appartenir à une catégorie juridique favorisée

 

 

 

Etre justiciable devant les seuls magistrats romains et, en cas d’appel, pouvoir demander le jugement de l’Empereur.

 

 

La pierre tombale de ce légionnaire romain présente la nomenclature complète du citoyen : « T.Iulio Tuttio T.f. Claudia » ce qui correspond, au cas datif à « T(itus) Iulius Tuttius T(iti) f(ilius) Claudia (tribu) » pour « Titus (praenomen) Iulius (gentilice) Tuttius (cognomen), fils de Titus, inscrit dans la tribu Claudia ». Le personnage étant un soldat il précise aussi son origo, origine géographique, Virunum dans le Norique. 

 

 

 

 

 

 

 

Exercice

D’après Aelius Aristide,  pourquoi la citoyenneté romaine est-elle distribuée généreusement ? Quelle place tient l’empereur dans ce discours ?
 

 

Document 
Il est un point qui mérite, au-dessus de tout autre, d’être examiné et admiré, la générosité de votre dessein sur la citoyenneté qui n’a d’égale nulle part. […]
Ni la mer, ni l’étendue d’un continent ne peuvent être un obstacle à l’accession à la citoyenneté ; dans ce domaine l’Asie n’est pas séparée de l’Europe. Tout se trouve ouvert à tous ; il n’est personne digne du pouvoir ou de la confiance qui reste un étranger et il existe une démocratie universelle sous la direction d’un seul homme, le meilleur chef ; tous se rassemblent comme sur une place publique où chacun recevrait son dû. […]
Comme nous l’avons dit, vous avez, en hommes généreux, distribué à profusion la cité. Vous n’en avez pas fait un objet d’admiration en refusant de la partager avec quelqu’un d’autre ; au contraire, vous avez cherché à en rendre digne l’ensemble des habitants de l’Empire ; vous avez fait en sorte que le nom de Romain ne fût pas celui d’une cité, mais le nom d’un peuple unique, et non pas comme celui d’un peuple parmi les autres, mais celui d’un peuple face à tous les autres. Vous ne partagez pas maintenant les peuples en Grecs et Barbares et vous n’émettez pas une idée absurde quand vous montrez que votre cité est plus abondante en hommes que, pour ainsi dire, l’ensemble de la race grecque. Vous avez fait passer la ligne de partage entre les Romains et les non-Romains. C’est à ce point que vous avez étendu le nom de votre cité.
Aelius Aristide, Eloge de Rome (vers 143 ap. J.-C.

 

CONCLUSION

 

 

Contrairement à Athènes, il est largement possible d’accéder à la citoyenneté romaine. Mais, malgré ces possibilités, il existe de nombreux exclus de la citoyenneté.

 

 

III - Vers le chemin de l’intégration

 

 

 

2- La table claudienne (p 66-67) La Table claudienne était une plaque de bronze portant l'inscription d'un discours prononcé par l'empereur Claude, en 48, devant le Sénat romain. 

 

Gravée à Lyon et exposée dans le sanctuaire fédéral des Trois Gaules, la Table claudienne rappelait la générosité de Claude et témoignait de la reconnaissance des notables de la Gaule chevelue. Ses deux fragments sont aujourd'hui conservés au musée gallo-romain de Lyon.

 

 

[sum] mae rerum no[strarum] sit u[tile]...

Equidem primant omnium illam cogitationem hominum, quam maxime primam occursuram mihi prouideo, deprecor, ne quasi nouam istam rem introduci exhorrescatis, sed illa potius cogitetis, quam multa in hac ciuitate nouata sint, et quidem statim ab origine urbis nostrae, in quod formas statusque res p[ublica] nostra diducta sit.

 

...soit utile à notre intérêt général...

Pour moi, la première de toutes, cette considération que, tout à fait la première, je prévois qu'on m'opposera, je vous prie de l'écarter, de n'appréhender point comme une nouveauté l'introduction de la chose dont il s'agit, mais de considérer plutôt ceci, combien nombreuses dans cette cité furent les innovations, et dès l'origine même de notre ville, par combien de formes et d'états notre république passa successivement.

 

Quondam reges hanc tenuere urbem, nec tamen domesticis successoribus eam tradere contigit.

Superuenere alieni et quidam externi, ut Numa Romulo successerit ex Sabinis ueniens, uicinus quidem, sed tunc externus ; ut Anco Marcio Priscus Tarquinius. [Is] propter temeratum sanguinem, quod patre Demaratho C[o]rinthio natus erat et Tarquiniensi matre generosa, sed inopi, ut quae tali marito necesse habuerit succumbere, cum domi repelleretur a gerendis honoribus, postquam Romam migrauit, regnum adeptus est. Huic quoque et filio nepotiue eius, nam et hoc inter auctores discrepat, insertus Seruius Tullius, si nostros sequimur, captiua natus Ocresia ; si Tuscos, Caeli quondam Viuennae sodalis fidelissimus omnisque eius casus comes, postquam uaria fortuna exactus cum omnibus reliquis Caeliani exercitus Etruria excessit, montem Caelium occupauit et a duce suo Caelio ita appellitauit, mutato que nomine, nam Tusce Mastarna ei nomen erat, ita appellatus est, ut dixi, et regnum summa cum rei p[ublicae] utilitate optinuit. Deinde, postquam Tarquini Superbi mores inuisi ciuitati nostrae esse coeperunt, qua ipsius qua filiorum ei[us], nempe pertaesum est mentes regni, et ad consules, annos magistratus, administratio rei p[ublicae] translata est.

 

Jadis des rois possédèrent cette ville, et cependant il ne leur fut pas donné de la transmettre à des successeurs de leur maison. Ceux qui survinrent à leur place étaient d'une autre famille, et certains d'un autre pays, de sorte qu'à Romulus succéda Numa, venant de chez les Sabins, un voisin sans doute, mais alors d'un autre pays ; de même à Ancus Marcius, Tarquin l'Ancien. Celui-ci, comme par l'impureté de son sang vu qu'il avait pour père le Corinthien Démarathus et pour mère une femme de Tarquinies, noble, mais pauvre, puisqu'elle fut obligée de subir un tel mari -, il était exclu chez lui de la gestion des honneurs, après qu'il eut émigré à Rome, y obtint la royauté. Entre lui aussi et son fils ou petit-fils, car sur ce point encore les auteurs sont en désaccord, s'intercala Servius Tullius, si nous suivons les nôtres, né de la captive Ocrésia. Si nous suivons les Toscans, jadis camarade très fidèle de Caelius Vivenna et compagnon de toute son aventure, après que, chassé par les vicissitudes de la fortune, avec tous les débris de l'armée de Caelius il eut quitté l'Étrurie, il occupa le mont Caelius, et de son chef Caelius il l'appela ainsi ; et ayant changé de nom, car en Toscan il avait nom Mastarna, il fut appelé comme je l'ai dit, et il exerça la royauté pour le plus grand bien de la république. Ensuite, après que le caractère de Tarquin le Superbe devint odieux à notre cité, tant le sien que celui de ses fils, apparemment les esprits se dégoûtèrent de la royauté, et à des consuls, magistrats annuels, le gouvernement de la République fut transféré.

 

Quid nunc commemorem dictaturae hoc ipso consulari imperium ualentius, repertum apud maiores nostros, quo in a[s]perioribus bellis aut in ciuili motu difficiliore uterentur ? aut in auxilium plebis creatos tribunos plebei ? Quid a consulibus ad decemuiros translatum imperium, solutoque postea decemuirali regno ad consules rursus reditum ? Quid in [pl]uris distributum consulare imperium tribunosque mil[itu]m consulari imperio appellatos, qui seni et saepe octoni crearentur ? Quid communicatos postremo cum plebe honores, non imperi solum, sed sacerdotiorum quoque ? Iam si narrem bella, a quibus coeperint maiores nostri, et quo processerimus, uereor, ne nimio insolentior esse uidear et quaesisse iactationem gloriae prolati imperi ultra Oceanum. Sed illoc potius reuertar. Ciuitatem

 

Pourquoi maintenant rappellerais-je le pouvoir de la dictature, plus puissant que ce pouvoir consulaire lui-même, imaginé chez nos ancêtres afin d'en user dans les guerres plus dures ou les troubles civils plus difficiles ? Ou bien les tribuns de la plèbe, créés pour venir en aide à cette plèbe ? Pourquoi, le pouvoir transféré des consuls aux décemvirs, et plus tard, la royauté décemvirale abolie, de nouveau le retour aux consuls ? Pourquoi, le pouvoir consulaire distribué entre plusieurs magistrats, qui, appelés tribuns des soldats à pouvoir consulaire, étaient créés par sixaines et souvent par huitaines ? Pourquoi, la participation finale de la plèbe aux honneurs, non du pouvoir seulement, mais des sacerdoces aussi ? A présent, si je racontais les guerres par lesquelles ont commencé nos ancêtres, et jusqu'à quel point nous avons progressé, je semblerais, je le crains, être orgueilleux plus qu'à l'excès et avoir cherché l'occasion d'étaler la gloire d'une extension de l'Empire par delà l'Océan. Mais plutôt je reviendrai à mon propos. La cité...

 

Colonne 2

 

...[p]otest. Sane nouo m[ore] et Diuus Aug[ustus] [au]onc[ulus] meus et patruus Ti. Caesar omnem florem ubique coloniarum ac municipiorum bonorum scilicet uirorum et locupletium, in hac curia esse uoluit.

Quid ergo ? non Italicus senator prouinciali potior est ? Iam uobis cum hanc partem censurae meae adprobare coepero, quid de ea re sentiam, rebus ostendam. Sed ne prouinciales quidem, si modo ornare curiam poterint, reiciendos puto.

 

...Assurément c'était un usage nouveau, quand et mon grand oncle maternel, le Divin Auguste, et mon oncle paternel, Tibère César, voulurent que toute la fleur des colonies et des municipes, où que ces villes fussent situées, c'est-à-dire la fleur de leurs hommes honnêtes et riches, fût dans cette curie. Quoi donc ? Un Italien, comme sénateur, n'est-il pas préférable à un provincial ? Bientôt, lorsque j'en serai à vous faire approuver cette partie de ma censure, mon opinion à ce sujet, je la montrerai par des faits. Mais, les provinciaux eux-mêmes, pourvu qu'ils puissent honorer la curie, je ne pense pas qu'il faille les rejeter.

 

Ornatissima ecce colonia ualentissimaque Viennensium quam longo iam tempore senatores huic curiae confert ! Ex qua colonia inter paucos equestris ordinis ornamentum, L. Vestinum, familiarissime diligo et hodieque in rebus meis detineo ; cuius liberi fruantur, quaeso, primo sacerdotiorum gradu, postmodo cum annis promoturi dignitatis suae incrementa. Vt dirum nomen latronis taceam, et odi illud palaestricum prodigium, quod ante in domum consulatum intulit, quam colonia sua solidum ciuitatis Romanae beneficium consecuta est. Idem de fratre eius possum dicere, miserabili quidem indignissimoque hoc casu, ut uobis utilis senator esse non possit.

 

Voici la très honorable et très puissante colonie des Viennois : combien longtemps il y a déjà qu'elle fournit des sénateurs à cette curie ! De cette colonie est Lucius Vestinus, qui honore, comme peu d'autres le font, l'ordre équestre ; je l'aime d'une affection très intime et le tiens employé aujourd'hui même au soin de mes affaires. Que ses enfants, je vous en prie, jouissent du premier degré des sacerdoces, afin que plus tard, avec les années, ils avancent l'accroissement de leur dignité. Je veux taire le nom sinistre du brigand, et je le hais, ce prodige de palestre, qui apporta le consulat dans sa maison, avant que sa colonie n'eût acquis le bénéfice intégral de la cité romaine. Autant puis-je en dire de son frère, qui est à plaindre certes et ne méritait nullement ce malheur, de ne pouvoir vous être utile comme sénateur.

 

Tempus est iam, Ti. Caesar Germanice, detegere te patribus conscriptis, quo tendat oratio tua : iam enim ad extremos fines Galliae Narbonensis uenisti.

 

Il est temps maintenant, Tibère César Germanicus, que tu découvres aux pères conscrits quel est le but de ton discours ; car tu es maintenant parvenu aux extrêmes confins de la Gaule Narbonnaise.

 

Tot ecce insignes iuuenes, quot intueor, non magis sunt paenitendi senatores, quam paenitet Persicum, nobilissimum uirum, amicum meum, inter imagines maiorum suo rum Allobrogici nomen legere. Quod si haec ita esse consentitis, quid ultra desideraris, quam ut uobis digito demonstrem solum ipsum ultra fines prouinciae Narbonensis iam uobis senatores mittere, quando ex Luguduno habere nos nostri ordinis uiros non paenitet ? Timide quidem, p[atres] c[onscripti] egressus adsuetos familiaresque uobis prouinciarum terminos sum ; sed destricte iam Comatae Galliae causa agenda est. In qua si quis hoc intuetur, quod bello per decem annos exercuerunt Diuom lulium, idem opponat centum annorum immobilem fidem obsequiumque multis trepidis rebus nostris plusquam expertum. Illi patri meo Druso  ermaniam subigenti tutam quiete sua securamque a tergo pacem praestiterunt, et quidem cum ab census nouo tum opere et inadsueto Gallis ad bellum auocatus esset. Quod opus quam arduum sit nobis, nunc cum maxime, quamuis nihil ultra, quam ut publice notae sint facultates nostrae, exquiratur, nimis magno experimento cognoscimus.

 

 

Tous ces distingués jeunes hommes que voici devant mes yeux, nous n'avons pas plus à regretter qu'ils soient sénateurs que nous ne regrettons que mon ami Persicus, de très ancienne noblesse, lise parmi ses portraits d'ancêtres le nom d'Allobrogique. Et si vous êtes d'accord avec moi qu'il en est ainsi, que désirez-vous en outre, sinon que je vous montre du doigt que le sol lui-même au delà des confins de la province Narbonnaise vous envoie déjà des sénateurs, puisque de Lyon nous ne regrettons pas d'avoir des hommes de notre ordre. Timidement certes, pères conscrits, j'ai dépassé les bornes provinciales qui vous sont accoutumées et familières ; mais ouvertement, à présent, il faut plaider la cause de la Gaule Chevelue. Si l'on y envisage ceci, que, par la guerre, pendant dix ans, ils ont donné du mal au Dieu Julius, qu'on mette aussi par contre en balance une fidélité immuable de cent ans et une obéissance plus qu'éprouvée dans maintes conjonctures critiques pour nous. Grâce à eux, mon père Drusus soumettant la Germanie eut derrière lui, garantie par leur calme, la sécurité de la paix ; et cela, bien que du recensement, opération nouvelle alors et insolite pour les Gaulois, cette guerre l'eût obligé à se détourner. Une telle opération, combien elle est ardue pour nous, tout juste maintenant, quoique l'enquête n'ait d'autre objet que la constatation officielle de nos ressources, à l'épreuve nous l'apprenons trop bien ».

 

 

 

Extraits du discours de l’empereur Claude au sénat romain (d’après la table claudienne)

[…] Pour moi, la première de toutes, cette considération que, tout à fait la première, je prévois qu'on m'opposera, je vous prie de l'écarter, de n'appréhender point comme une nouveauté l'introduction de la chose dont il s'agit, mais de considérer plutôt ceci, combien nombreuses dans cette cité furent les innovations, et dès l'origine même de notre ville, par combien de formes et d'états notre république passa successivement.
Jadis des rois possédèrent cette ville, et cependant il ne leur fut pas donné de la transmettre à des successeurs de leur maison. Ceux qui survinrent à leur place étaient d'une autre famille, et certains d'un autre pays, de sorte qu'à Romulus succéda Numa, venant de chez les Sabins, un voisin sans doute, mais alors d'un autre pays ; de même à Ancus Marcius, Tarquin l'Ancien. […] Ensuite, après que le caractère de Tarquin le Superbe devint odieux à notre cité, tant le sien que celui de ses fils, apparemment les esprits se dégoûtèrent de la royauté, et le gouvernement de la République fut transféré à des consuls, magistrats annuels. […]
A présent, si je racontais les guerres par lesquelles ont commencé nos ancêtres, et jusqu'à quel point nous avons progressé, je semblerais, je le crains, être orgueilleux plus qu'à l'excès et avoir cherché l'occasion d'étaler la gloire d'une extension de l'Empire par delà l'Océan. Mais plutôt je reviendrai à mon propos. […]
Assurément c'était un usage nouveau, quand et mon grand oncle maternel, le Divin Auguste, et mon oncle paternel, Tibère César, voulurent que toute la fleur des colonies et des municipes, où que ces villes fussent situées, c'est-à-dire la fleur de leurs hommes honnêtes et riches, fût dans cette curie. Quoi donc ? Un Italien, comme sénateur, n'est-il pas préférable à un provincial ? […] Les provinciaux eux-mêmes, pourvu qu'ils puissent honorer la curie, je ne pense pas qu'il faille les rejeter. […]
Il est temps maintenant, Tibère César Germanicus, que tu découvres aux pères conscrits quel est le but de ton discours ; car tu es maintenant parvenu aux extrêmes confins de la Gaule Narbonnaise. Tous ces distingués jeunes hommes que voici devant mes yeux, nous n'avons pas à regretter qu'ils soient sénateurs […]. Et si vous êtes d'accord avec moi qu'il en est ainsi, que désirez-vous en outre, sinon que je vous montre du doigt que le sol lui-même au delà des confins de la province Narbonnaise vous envoie déjà des sénateurs, puisque de Lyon nous ne regrettons pas d'avoir des hommes de notre ordre. Timidement certes, pères conscrits, j'ai dépassé les bornes provinciales qui vous sont accoutumées et familières ; mais ouvertement, à présent, il faut plaider la cause de la Gaule Chevelue. Si l'on y envisage ceci, que, par la guerre, pendant dix ans, ils ont donné du mal au Dieu Julius, qu'on mette aussi par contre en balance une fidélité immuable de cent ans et une obéissance plus qu'éprouvée dans maintes conjonctures critiques pour nous. Grâce à eux, mon père Drusus soumettant la Germanie eut derrière lui, garantie par leur calme, la sécurité de la paix. […]

 

 

 

Texte 3 (le discours de Claude rapporté et contextualisé par Tacite)

Sous le consulat d'Aulus Vitellius et de L. Vipstanus, il fut question de compléter le sénat. Les principaux habitants de la Gaule chevelue*, qui depuis longtemps avaient obtenu des traités et le titre de citoyens, désiraient avoir dans Rome le droit de parvenir aux honneurs. Cette demande excita de vives discussions et fut débattue avec chaleur devant le prince. On soutenait « que l'Italie n'était pas assez épuisée pour ne pouvoir fournir un sénat à sa capitale. Les seuls enfants de Rome, avec les peuples de son sang, y suffisaient jadis ; et certes on n'avait pas à rougir de l'ancienne république : on citait encore les prodiges de gloire et de vertu qui, sous ces mœurs antiques, avaient illustré le caractère romain. Était-ce donc peu que des Vénètes et des Insubriens eussent fait irruption dans le sénat ; et fallait-il y faire entrer en quelque sorte la captivité elle-même avec cette foule d'étrangers ? A quels honneurs pourraient désormais prétendre ce qui restait de nobles et les sénateurs pauvres du Latium ? Ils allaient tout envahir, ces riches dont les aïeuls et les bisaïeuls, à la tête des nations ennemies, avaient massacré nos légions, assiégé le grand César auprès d'Alise. Ces injures étaient récentes : que serait-ce si on se rappelait le Capitole et la citadelle presque renversés par les mains de ces mêmes Gaulois ? Qu'ils jouissent, après cela, du nom de citoyens ; mais les décorations sénatoriales, mais les ornements des magistratures, qu'ils ne fussent pas ainsi prostitués. »

Le prince fut peu touché de ces raisons. Il y répondit sur-le-champ ; et, après avoir convoqué le sénat, il les combattit encore par ce discours : « Mes ancêtres, dont le plus ancien, Clausus, né parmi les Sabins, reçut tout à la fois et le droit de cité romaine et le titre de patricien, semblent m'exhorter à suivre la même politique en transportant ici tout ce qu'il y a d'illustre dans les autres pays. Je ne puis ignorer qu'Albe nous a donné les Jules, Camérie les Coruncanius, Tusculum les Porcius, et, sans remonter si haut, que l'Étrurie, la Lucanie, l'Italie entière, ont fourni des sénateurs. Enfin, en reculant jusqu'aux Alpes les bornes de cette contrée, ce ne sont plus seulement des hommes, mais des nations et de vastes territoires que Rome a voulu associer à son nom. La paix intérieure fut assurée, et notre puissance affermie au dehors, quand les peuples d'au delà du Pô firent partie de la cité, quand la distribution de nos légions dans tout l'univers eut servi de prétexte pour y admettre les meilleurs guerriers des provinces, et remédier ainsi à l'épuisement de l'empire. Est-on fâché que les Balbus soient venus d'Espagne, et d'autres familles non moins illustres, de la Gaule narbonnaise ? Leurs descendants sont parmi nous, et leur amour pour cette patrie ne le cède point au nôtre. Pourquoi Lacédémone et Athènes, si puissantes par les armes, ont-elles péri, si ce n'est pour avoir repoussé les vaincus comme des étrangers ? Honneur à la sagesse de Romulus notre fondateur, qui tant de fois vit ses voisins en un seul jour ennemis et citoyens ! Des étrangers ont régné sur nous. Des fils d'affranchis obtiennent les magistratures : et ce n'est point une innovation, comme on le croit faussement ; l'ancienne république en a vu de nombreux exemples. Nous avons combattu, dit-on, avec les Sénonais. Jamais sans doute les Èques et les Volsques ne rangèrent contre nous une armée en bataille ! Nous avons été pris par les Gaulois. Mais nous avons donné des otages aux Étrusques, et nous avons passé sous le joug des Samnites. Et cependant rappelons-nous toutes les guerres ; aucune ne fut plus promptement terminée que celle des Gaulois, et rien n'a depuis altéré la paix. Déjà les mœurs, les arts, les alliances, les confondent avec nous ; qu'ils nous apportent aussi leurs richesses, et leur or, plutôt que d'en jouir seuls. Pères conscrits, les plus anciennes institutions furent nouvelles autrefois. Le peuple fut admis aux magistratures après les patriciens, les Latins après le peuple, les autres nations d'Italie après les Latins. Notre décret vieillira comme le reste, et ce que nous justifions aujourd'hui par des exemples servira d'exemple à son tour. »

Un sénatus-consulte fut rendu sur le discours du prince, et les Éduens reçurent les premiers le droit de siéger dans le sénat. Cette distinction fut accordée à l'ancienneté de leur alliance, et au nom de frères des Romains, qu'ils prennent seuls parmi tous les Gaulois.

Tacite, Annales, XI, 23-25

 

*  On appelait ainsi la Gaule transalpine, à cause de l'usage où étaient les habitants de porter les cheveux longs. La Gaule cisalpine était nommée togata, parce qu'on y avait adopté la toge romaine.

 

 

 

 

 

 

 

     

    B - Les monuments publics et l’évergétisme

    On retrouve des monuments de spectacle comme les théâtres, les cirques, les amphithéâtres. Ces lieux civiques accueillent de grandes cérémonies qui cimentent l’unité et l’identité de la cité. Ces cérémonies ont aussi pour but de rendre un culte à l’Empereur, ce qui signifie que ces grandes  fêtes sont autant politiques que religieuses.

     

    C - L'Extension de la citoyenneté à tout l’Empire Caracalla 212

     

     

    A RETENIR

     

    L’accès à la citoyenneté amène les habitants de l’empire à se montrer plus fidèles à l’empereur. 

    En 212, l’empereur Caracalla décide de faire des citoyens romains tous les hommes libres de l’empire (sauf les déditices). Les objectifs sont multiples : 

    - Fiscaux (faire payer davantage de citoyens les taxes d’héritage). 

    - Religieux (renforcer et étendre le culte impérial et le lien avec l’empereur). 

    - Juridiques (faciliter les procédures en unifiant les statuts). 

    - Renforcer la cohésion de l’empire. 

    -        Personnel:  Caracalla étant malade, c’était une façon de rendre grâce aux dieux et de les supplier de guérir.

     

    Fiche Rome, Citoyenneté

     

    Fiche La romanisation de l'Orléanais

     

    Fiche Edit de Caracalla

     

    Athènes - Rome : Etre citoyen


    Liens

    Merci à Yann Duval et aux collègues pour leur aide 

     

    Rédigé par M. Orain

    Publié dans #Cours de seconde

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    R
    Bravo. Je vais m'en servir pour aider ma fille à préparer son contrôle de 2nde. <br /> Un père qui a enseigné l'histoire en collège, retraité.
    Répondre
    M
    De rien ;-)
    F
    super merci beaucoup
    M
    Merci des encouragements ;-)