Tracer des frontières, approche géopolitique

Publié le 29 Octobre 2019

Thème 3 : Étudier les divisions politiques du monde : les frontières (24-25h)

Cours téléchargeable pour tableau Numérique Interactif (TNI/TBI) 

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Axe 1 Tracer des frontières, approche géopolitique

- Pour se protéger : Le limes rhénan.

- Pour se partager des territoires : la conférence de Berlin et le partage de l’Afrique.

- Pour séparer deux systèmes politiques : la frontière entre les deux Corée.

Définition

La frontière est une limite séparant deux zones. Elle représente souvent une rupture franche entre deux espaces et deux modes d’organisation de l’espace. L’origine du mot frontière provient d’un terme militaire : le front, qui désigne une ligne fluctuante évoluant en fonction des rapports de forces en présence.

A partir du XVIIe, la frontière devient progressivement une ligne bornée, séparant deux Etats. Elle prend alors un sens politique lors de la construction des Etats-nations et s’appuie alors sur le concept de frontière naturelle : la limite d’un territoire étant plus facile à lire si elle s’appuie sur un obstacle physique.

 

Introduction

Dans l'ère contemporaine,  le mur était un symbole d'oppression des peuples. La Chute du mur de Berlin (novembre1989) est le symbole de la croyance d'un monde sans frontière, ouvert. La "fin de l'histoire" même selon Fukuyama. Ces limites sécuritaires sont surtout présentes aujourd'hui pour empêcher les transferts de population aux niveaux de vie différents. Le mur retrouve son rôle de protection symbolique contre l'extérieur (mur d'Hadrien, muraille de Chine...) Les murs dans le monde ont donc été une solution facile (il est concret aux yeux de l'opinion publique).
Ce qui était un échec (le mur de Berlin était un échec pour l'URSS) est devenu une réussite  (symbole de fermeté)

Problématique: La frontière dure est-elle efficace ? 

 
Partie I: Pour se protéger : Le limes rhénan. (3h)
A -  Le limes comme barrière

1- Définition

Le limes est le nom donné par les historiens modernes aux systèmes de fortifications établis au long de certaines des frontières de l'Empire romain. 

Le terme limes peut comporter deux significations :

Pour les Romains, ce terme signifie qu'il s'agit d'une barrière pour défendre l'intérieur de l'Empire romain.

Le terme peut aussi signifier "chemin" ou "route", c'est-à-dire la voie qui mène vers des territoires nouvellement conquis (ou à conquérir). Elle ne doit pas être considérer comme un mur mais comme un endroit de contact entre l'Empire et les autres peuples non soumis. 

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Un exemple avec le mur d'Hadrien

2- Localisation et conception

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Pour le Limes de Germanie la séparation est majoritairement naturelle
de type fluvial (comme le Rhin, le Danube)

Pour d'autres limes ce sont parfois des  montagnes (comme la chaîne des Carpates, ou l'Atlas en Maurétanie) ou des déserts(comme le long de la frontière sud de l'Égypte, ou de la province d'Arabie ou encore de Syrie) 

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Malgré tout cette frontière était parfois artificielle 

Il y avait comme une palissade ou un mur de pierre, parfois précédés d'un fossé (valable aussi hors de Germanie avec le mur d'Hadrien, le mur d'Antonin ou le limes Porolissensis (en Dacie)) . 

Chaque frontière était également suivie en parallèle sur toute sa longueur par une route avec un intervalle régulier des forteresses de légionnaires (castra), des forts (castella), des forts auxiliaires, ainsi que des tours (turris) et des zones d'observation (stationes).

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3- Utilité

Le limes Germanique  défendaient la frontière de l'Empire. Notamment les provinces de Germanie supérieure et de Rhétie, en avant des Champs Décumates. Des cohortes de 500 légionnaires et cavaliers y étaient stationnées pour empêcher les pillages des Germains dans la zone contrôlée par les Romains. 

 

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Conclusion: 
Le limes est à la fois une frontière symbolique, administrative et militaire. Il marque une différence de statut, d'appartenance perceptible par tous dans le paysage.

B - Une construction qui évolue dans le temps

1- Un changement de vision du monde du côté des Romains

En 9 après J.-C., le légat Varus subit un désastre au Teutoburger Wald : Trois légions sont anéanties. L'Empire perçoit qu'il ne peut pas s'étendre à l'infini et doit aussi être sur la défensive. 

L'Empire renonce à toute nouvelle Conquête au-delà du Rhin.
 

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C'est sous les Flaviens, entre 69 et 96, que furent officiellement créées les deux provinces de Germanie Inférieure et de Germanie Supérieure. La seconde avait été agrandie par la conquête des Champs Décumates, une région qui s'étend sur la rive droite du Rhin et qui comprend la Forêt Noire et ses environs.

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2- Une zone prospère

La présence de l'armée en Rhénanie transforma profondément la région, d'abord dans le domaine économique. 

En effet, les soldats touchaient une solde relativement élevée, ce qui en faisait des privilégiés. 

De plus, ils comptaient au nombre des rares salariés de l'Antiquité. Leur présence attirait des civils, femmes en quête de maris ou commerçants à la recherche de clients. 

Enfin, l'établissement de la fameuse paix romaine favorisait également la prospérité et la diffusion de la culture romaine.

 

Etude de cas: l'installation d'une légion romaine à Argentorate (Strasbourg)

 

Il fallait nourrir, armer, vêtir les soldats etc. 
La légion est une gigantesque centrale d'achat.

Il fallait aussi amener l'eau, extraire de la pierre, administrer le territoire.
 

3- Une architecture militaire

La présence de l'armée se concrétisa aussi dans le paysage.
A son apogée le limes Rhénan était constitué de   

- 60 camps (tous les dix kilomètres) avec 500 légionnaires par camp.
 

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- Citadelles
- Voies romaines pavées longeant le fleuve ou allant soit vers l'avant, en territoire ennemi, soit vers l'arrière, vers Rome, le centre du pouvoir.

 

Un ensemble si impressionnant que les Allemands, au Moyen Âge, l'ont appelé « le Mur du Diable ». La sécurité paraissant assurée, les effectifs diminuèrent et passèrent de huit légions à quatre au début du IIe siècle.

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C - Une frontière qui devient précaire

1- Première alerte  entre 175 et 230

La situation se dégrada vers 175, quand les Chauques provoquèrent une guerre. 

Au même moment, la peste frappa tout l'empire et des brigands se répandirent dans les campagnes. 

Puis tout rentra dans l'ordre jusqu'au début des années 230. 

La fragilité de la défense repose souvent sur une conjonction de différents facteurs défavorables.

2- Une première destruction en 258

Le limes germanique fut détruit par les attaques des Alamans en 258, qui occupèrent l'espace compris entre le Rhin et le Danube. C'est l'anarchie militaire. L'Empire des Gaule dirigée par Postume gère la défense du Limes.

Une nouvelle ligne de défense fut organisée par Aurélien (270-275) le long du Rhin et de l’Iller, affluent du Danube, avec Brigantium (Bregenz) comme camp militaire. c'est l'abandon définitif des champs décumates.

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3- La chute (IVème siècle)

Au début du IVe siècle, quand l'ordre revint dans l'empire, la rive gauche du Rhin était devenue un vrai désert. Le limes était défendu par des Lètes francs et des fédérés Saxons à Mayence, Alamans sur le Rhin supérieur (fondation d'un royaume) 

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Sous Valentinien Ier, vers 375, de nouvelles fortifications furent construites. c'est le dernier sursaut.

A la mort de Théodose, en 395, l'Empire est partagé définitivement. Des usurpations fragilisent le pouvoir. 

L'économie connaissait un déclin rapide et profond. 

Causes écologiques: Les Romains ont pratiqué la surexploitation des forêts (visible par la diminution en taille des bains des forts). Les événements de crues et de fortes pluies ont déclenché l'érosion des sols en pente, qui représentaient les surfaces préférées pour les villae rusticae (de campagne), et entassaient dans les vallées des galets et de l'argile parfois sur des mètres. 

À l'époque romaine, ces sols n'étaient plus utilisables.

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Le limes n'existe plus. L'empire romain d'occident survivra de manière chaotique jusqu'en 476. 

Conclusion

Les limes romains n'avaient sans doute pas exclusivement une fonction défensive, et n'avaient pas pour objet de rendre la frontière infranchissable. Les recherches récentes suggèrent qu'ils devaient également marquer vis-à-vis de l'intérieur la limite des espaces dans lesquels l'Empire assurait la sécurité. Rome étendait son influence bien au-delà, et les échanges commerciaux étaient importants.

Cette frontière dure a démontré une réelle efficacité pendant un temps mais demandait un investissement lourd difficilement supportable.

Jalons

10 Repères

explications

Limes:

Pour les Romains, ce terme signifie qu'il s'agit d'une barrière pour défendre l'intérieur de l'Empire romain.  Le terme peut aussi signifier "chemin" ou "route", c'est-à-dire la voie qui mène vers des territoires nouvellement conquis (ou à conquérir). Elle ne doit pas être considérée comme un mur mais comme un endroit de contact entre l'Empire et les autres peuples non soumis.

Pacification

Rétablissement de la paix sur un territoire de façon concertée ou par la contrainte.

9 après J.-C

Le légat Varus subit un désastre au Teutoburger Wald. C’est la fin de la volonté de conquête de la Germanie de la part de l’Empire Romain.

Frontière

Limite administrative et juridique séparant deux états qui exercent chacun leur souveraineté sur leur territoire.

Marche

Zone frontalière aux confins d’un état particulièrement exposée en temps de guerre. Elle est en général un district militaire près d’un pays considéré comme ennemi.

Barbares

Les romains (comme les Grecs auparavant) appelaient “barbares” tous les peuples se situant hors de leur domination culturelle.

212 Edit de Caracalla

Accorde la citoyenneté à tous les habitants de l’Empire, renforçant ainsi le limes comme zone de transition avec le monde barbare.

258

Perte définitives des champs Décumates.

Sources: 
- Yann Le Bohec: La Germanie des Romains : des provinces de circonstance
- Vicedi en Allemagne : https://vicedi.com/saalburg/
-  René Cubaynes, Armée romaine,  https://leg8.fr/armee-romaine/impact-installation-legion
- La civilisation gallo-Romaine dans le jura : territoires et cultes, service éducatif du Musée d’archéologie du Jura (Serge DAVID) et le Centre Jurassien  du Patrimoine (Pascale DUMETZ) 
- Yann Le Bohec: Histoire militaire des Germanies d’Auguste à Commode, https://journals.openedition.org/pallas/1796

 Une mise au point scientifique sur les frontières Auteur : C. LEFEVRE, GPRL (lycée Jean Monnet, Joué-les-Tours)

Partie II: Pour se partager des territoires : la conférence de Berlin et le partage de l’Afrique. (3h)

La conférence de Berlin a lieu du 15 novembre 1884 au 26 février 1885

Où ? Au palais du Chancelier Bismarck

- Liberté de navigation et de commerce
- Portugal et France souhaitent monopole commercial de la métropole

Particularité:
- Aucun Africain invité
- Personne n'est jamais allé en Afrique autour de la table.


Qui participe ?
- Baron de Courcel (France)
- Sir Edward malet (Royaume-Uni)
Mais aussi le l'Autriche-Hongrie, le Portugal, l'Allemagne, L'Italie, les Pays-Bas, la Russie, la Suède-Norvège, Les Etats-Unis, l'Empire Ottoman.

 
A - L'accélération de la colonisation

1- Début de la colonisation par les côtes avec des objectifs parfois antagonistes (ex: France contre Royaume-Uni)

Échec de Fachoda (1898) pour la France (voir cours histoire)

2- Un contexte de compétition entre puissances européennes et de tensions diplomatiques.  Néanmoins la voie de la négociation est privilégiée.

1911: Renoncement au Maroc pour l'Allemagne en échange du "bec de canard" (Régions du Cameroun et du Congo)

3- L'Afrique sous tutelle européenne.

Le processus de colonisation s'achève avec la conquête de la Libye par  l'Italie (1911) et le protectorat Français au Maroc (1912). Seuls le Liberia et l’Éthiopie restent indépendants.

B - La construction des frontières

1- Des frontières "naturelles" et arbitraires

Cours d'eau, ligne de crête, relief. Des traits droits dans les déserts mal connus.

On tient compte cependant parfois des tracés précoloniaux, de logiques économiques et commerciales (ex: Cabinda) et parfois de configurations ethniques locales. 

Il y a même différentes frontières à l'intérieur d'un même Empire:

- Colonies,  Protectorats, Dominions, Afrique du Sud

- Départementalisation de l'Algérie. On ajoute même parfois des territoires militaires dans les zones de résistances, des frontières sociales et ethniques (ex: Medina et ville nouvelle)

 

2- Des frontières contre les peuples

Violentes opérations militaires dîtes de "pacification" notamment en Algérie.

Lors de la conférence de Berlin les Africains sont absents.

- ils n'ont aucune conscience des cultures Africaines. 
- Un transfert de la culture occidentale jugée supérieure.
- On trace des frontières sans connaître les ressources qui s'y trouvent. 
- Travail forcé mais pas officiellement pas d'esclavage.

La frontière était une zone de mixité, de rencontre, pas de séparation dans la culture Africaine.

3- Le cas particulier de l'Afrique du Sud

Guerre entre Britanniques et Boers (colons d'origine néerlandaise réfugiés dans l'intérieur du pays). opposition des zoulous et des xhosas). Développement d'un régime particulier.

C - Des frontières complexes et discutées

1- Des conséquences immédiates

La conférence de Berlin a mis en œuvre le partage de l'Afrique entre les puissances coloniales, en établissant les règles de ce partage, mais elle n'a pas pu empêcher les conflits entre colonisateurs, comme le montrent la crise de Fachoda en 1898 et les crises marocaines de 1905 et 1911.

Elle ne réglait pas non plus les différends entre les colonisateurs et les puissances locales établies reconnues internationalement. Les interventions britanniques lors de la guerre des Boers (1899–1902), et la colonisation italienne de l'Éthiopie en 1935, ont été largement contestées.

2- Des conséquences plus lointaines

Difficulté d'affirmation du sentiment national

Conflits ethniques (ex: massacre des Dogons au Mali)

3- Création de nouvelles frontières

Indépendance de la Namibie, Erythrée,  Soudan du Sud.

Conclusion

Les conquêtes créent de nouvelles frontières. Les Européens ont agit avec l'Afrique comme ils l'avaient fait précédemment avec l'Amérique. Ils l'ont considérée comme une terre vierge ("terra nullus").
 

Les frontières ont donc été tracées sans tenir compte des réalités locales mais elles n'ont pourtant pas empêché les tensions entre les signataires. 
Aujourd'hui ces conflits ne s'apaisent pas avec la décolonisation. Bien au contraire cela ravive des tensions entre certains groupes ethniques. 

Le génocide Rwandais de 1994 qui a vu les Hutus massacrer les Tutsis dans un des plus petits pays d'Afrique montre les dangers des conflits ethniques sur le continent.

Faut-il pour autant créer un pays par peuple comme l'Europe a tenté de le faire au XIXème siècle sur son propre sol ? 
 

Jalons:

10 Repères

explications

"Frontières naturelles":

Frontière qui s'appuie sur des éléments de géographie physique (littoraux, cours d'eau, reliefs) pour justifier son tracé. Comme toute frontière celles-ci sont avant tout politiques.

Colonie

Territoire occupé et directement administré par une puissance étrangère

Protectorat

Territoire théoriquement administré  par des autorités locales, sous le contrôle étroit d’une puissance étrangère.

1884-1885

Conférence de Berlin qui voit les puissances occidentales se partager l’Afrique avant même sa conquête.

1898 Crise de Fachoda

Affrontement diplomatique entre la France et le Royaume-Uni qui aboutit à la domination du Royaume-Uni sur le Soudan.

1910

L’Afrique du Sud devient un dominion (ancienne colonie Britannique devenue autonome mais qui reconnaît la souveraineté du Royaume-Uni)

1911

Colonisation de la Libye par l’Italie

1912

Accord entre la France et l’Allemagne. La France voit se droits reconnus sur le Maroc et cède à l’Allemagne une partie du Congo et du Cameroun.

1964

Intangibilité des frontières Africaines  par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)

2011

Naissance du dernier pays Africain, le Soudan du Sud.

 

Partie III : Pour séparer deux systèmes politiques : la frontière entre les deux Corée. (2h)

Document d'accroche: étude de Massacre en Corée de Picasso  http://muides2.free.fr/smart.jpg

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La frontière entre les deux Corée, rare vestige de la Guerre froide, est souvent identifiée comme étant l’exemple type de la frontière fermée, surveillée (par plus d’un million de soldats) séparant deux régimes politiques. Sorte de « dernière frontière », d’une longueur de 248 km et large de 4 km, elle s’étend en longeant le 38ème parallèle. Par sa forme, elle n’est donc pas une limite classique entre deux territoires. Selon la classification de Michel Foucher, la frontière coréenne, « barrière établie après un conflit militaire », rentre dans la catégorie des frontières « séparation », sorte « d’écran noir qui cherche à rendre l’autre invisible ».

Comment la frontière coréenne est-elle au centre d’usages et de représentations ?

A -  Construire la frontière

1- Contexte

La frontière coréenne doit sa naissance à l’intervention de puissances extérieures et au contexte de la fin de la 2nde Guerre mondiale (la Conférence du Caire de 1943 prévoit de guider la Corée vers son indépendance « dès que possible ») et du début de la Guerre froide. Devant être provisoire, elle devient pérenne après la guerre de Corée (1950-1953).

2- Les étapes

Sa construction se fait en plusieurs étapes. La frontière inter-coréenne doit d’abord ses origines à la volonté des États-Unis de débarquer en Corée et d’occuper conjointement avec l’URSS la péninsule afin d’assurer le maintien de l’ordre en attendant la capitulation japonaise. Avec l’accord soviétique, une ligne imaginaire se met donc en place le long du 38ème parallèle, sans que la population coréenne n’ait été associée à cette décision. Les deux puissances participent alors au renforcement de la division territoriale : soviétisation du Nord autour de Kim Il Sung dont la réforme agraire est plutôt populaire car de nombreux ouvriers agricoles rentrant au pays en 1945 se voient privés de leur terre alors qu’une coalition de conservateurs et de nationalistes menée par Syngman Rhee émerge au Sud. La frontière reste néanmoins relativement poreuse, car traversée par des flux de populations qui fuient les systèmes antagonistes qui se développent. En 1948, les soviétiques s’opposent à la tenue d’élections globales voulues par les Nations Unies. Celles-ci n’auront lieu que dans la partie administrée par les États-Unis d’où la création le 15 août 1948 de la République de Corée puis de celle de la République Populaire Démocratique de Corée le 3 septembre 1948. Chacune des deux Corée revendique alors ses droits sur l’ensemble de la péninsule. Le thème de la violation d’une frontière internationale par le Nord en 1950 sert pour les États-Unis d’explications au déclenchement de la Guerre de Corée (1950-1953).

3- la Guerre de Corée (1950-1953).

Les historiens sud-coréens considèrent aujourd’hui ce conflit comme une guerre civile- ce sont des Coréens qui en 1950 franchissent la frontière- dont les origines remontent aux années 1930 lorsque le Japon annexe le Mandchoukouo où la résistance était assurée à 90 % par des Coréens. Ce conflit qui témoigne de plus de la complexité de la Guerre froide dans la région (intervention de la Chine) va participer à affirmer l’existence de la frontière dans le temps autour du fameux 38ème parallèle qui sert de référence pour décrire les différentes phases de la guerre (certains territoires passent du Sud au Nord et inversement comme la ville de Kaesung) et créer une zone démilitarisée faisant suite au cessez-le feu de 1953 (« zone coréenne démilitarisée », DMZ en anglais). Néanmoins, la limite de la frontière a évolué dans sa forme, passant d’une ligne droite en 1945 à une ligne sinueuse en 1953. 60 ans après, aucun traité de paix n’a été formellement signé. Ainsi, pour V. Gezéleau, la frontière coréenne ne serait même pas véritablement une frontière, mais plutôt une ligne de front.

B - Une frontière figée ?

1- L'affirmation des Etats 

Divisant un pays qui au départ ne l’était pas, la frontière coréenne va participer pendant la Guerre froide à l’affirmation de deux Etats, revendiquant chacun être la Corée (on assiste à une sorte de « Guerre froide coréenne »). Autour de la frontière se développent donc deux pays autonomes. Elle symbolise alors à la fois une division spatiale qu’il est impossible de franchir (ou presque) et une véritable opposition politique entre deux systèmes antagonistes. Dans ce sens, elle est une véritable rupture, participant à la construction de deux entités politiques. La Corée du Nord prend même ses distance par rapport au bloc socialiste (non adhésion au Comecon). La frontière coréenne est aujourd’hui un indicateur de séparation, notamment aux yeux du monde occidental qui y projette ses représentations

2- Chacun son rôle

- un pays démocratique (la transition démocratique s’opère à la fin des années 1980), symbole de la réussite libérale qui diffuse ses produits culturels et technologiques dans le monde entier : la Corée du Sud  

- un pays totalitaire, représentant du système communiste, confronté aujourd’hui à une crise grave de son système, sorte « d’antimonde » (R. Brunet) : la Corée du Nord. La frontière est également une frontière qui n’est pas statique. La zone frontalière a évolué depuis 1953 (la zone de contrôle des civils au Sud a été réduite, ce qui a créé des « ruines » liées à la frontière, comme des postes frontières).

3- Un conflit toujours actuel malgré les rapprochements

De plus, la frontière coréenne n’est pas qu’une frontière terrestre, elle est aussi maritime. Or, contrairement à ce que préconisait la conférence de Montego Bay de 1982, les deux pays ne se sont pas concertés sur le sort de certains territoires maritimes. La limite existante est donc celle fixée par l’ONU, ce que conteste la Corée du Nord. La frontière est donc source de conflits et de tensions qui ont donné lieu à de véritables affrontements (1999, 2002 et 2009) et des accrochages (naufrage d’un navire sud-coréen en 2010).

La frontière coréenne apparaît donc comme une frontière encore en mouvement et contestée.

C - Une frontière perçue

1- Le rapprochement, c'est maintenant (ou pas)

Si la frontière est toujours une réalité politique entre deux pays, elle est également à l’origine d’une représentation inter-coréenne. La frontière est depuis 1998 au centre du rapprochement politique entre les deux Corée (c’est la politique du « rayon de soleil » et qui correspond dans « le vocabulaire des relations internationales, à une politique d’engagement de la Corée du Sud envers la Corée du nord », V. Gelézeau). Cette période correspond à une ouverture de la frontière et à la reconnexion de moyens de transports, comme l’illustrent les projets communs de ZES autour de Kaesong en Corée du Nord (à seulement 7 km de la frontière, aujourd’hui véritable zone enclavée au Nord gérée par le Sud) ou la visite de près d’un million de sud-coréens des monts Kumkang en Corée du Nord entre 2004 et 2008 (espace toujours accessible aux chinois mais fermé aux sud-coréens depuis 2014 et l’assassinat d’une sud-coréenne). De plus, elle est d’abord source d’un véritable imaginaire. La frontière apparaît alors comme un frontière traversée notamment par les moyens de transport. En Corée du Sud, à la gare de Torasan, il est possible de lire « Voici, non pas la dernière gare du Sud, mais la première gare vers le Nord ! ».

2- Le déni de la réalité

Egalement, la frontière peut aussi apparaître comme un « déni de la réalité » (V. Gelézeau). Par exemple, un des organismes qui s’occupe des aménagements en Corée du Sud (le KRIHS : Korea Research Institute for Human Settlement) considère la frontière comme une zone de contact, ce qu’elle n’est pas. Il imagine alors des projets communs de développement (zone transfrontalière autour de Kaesung, zone de développement touristique, gestion commune des ressources) alors que les discussions entre les deux pays restent impossibles.

3- Un lieu de mémoire

La frontière est enfin un lieu de mise en scène. Le village de Panmunjon (identifié à l’arrêt des combats en 1953) est un véritable « lieu de mémoire », visité par de nombreux touristes sud-coréens. La frontière coréenne est donc toujours une frontière en construction. Mais elle est aussi une frontière rêvée ou imaginée. Cette frontière se prolonge même en dehors du territoire coréen et est recréée par la diaspora coréenne. Dans ce sens, elle apparaît comme étant ce que Michel Foucher appelle une « méta-frontière ».

 

Conclusion

Des frontières intérieures sépare des états. C'était le cas de l'Allemagne jusqu'en 1989, c'est encore le cas de la Corée aujourd'hui.
Ces frontières sont souvent peu perméables car elles sont source d'enjeux politiques.

Dans le même temps l'extension des zones de libre-échanges tend à faire disparaître des frontières (notamment à l'intérieur de l'espace Schengen) ou parfois à distinguer les frontières pour les marchandises de celles pour les personnes (Frontière Mexique-USA 3141km de frontières dont plus de 1000km de barrières).

JALONS

10 Repères

explications

1948

Création des deux Corée

"Ordre bipolaire"

Système international fondé sur l'équilibre entre les deux puissances.

1950-1953:

Guerre de Corée opposant la Corée du Nord et ses alliées (Chine, URSS) à à la Corée du Sud et ses alliées (Etats-Unis et pays occidentaux)

“Containment”

Doctrine appliquée par les Etats-Unis à partir de 1947 visant à s’opposer par tous les moyens (militaires, économiques, propagande) à l’extension du communisme dans le monde.

1963-1975 : Détente

Période pendant laquelle les Etats-Unis et l’URSS signent plusieurs accords dans le domaine économique et commercial.

“Rideau de fer”

Expression employée pour la première fois par Churchill lors du discours de Fulton le 5 mars 1946. Il dénonce l’installation de régimes communistes en Europe de l’Est et déplore leur isolement de l’occident.

2000

Première rencontre entre les dirigeants des deux Corée.

2006 ou 2009

Premier essai nucléaire Nord-Coréen

2018

Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang en Corée du Sud. Le rapprochement entre les deux Corée est spectaculaire mais sans conséquences pour l’instant.

Sources

Mise au point sur la frontière coréenne Auteur : J. BAUER, GPRL (lycée P et M Curie, Châteauroux)

- Pierre Journoud (dir.) : La guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours, L’Harmattan, 2013 ; - Pascal Dayez Burgeon : Histoire de la Corée. Des origines à nos jours, Tallandier, 2012 ; - Samuel Guex : Au pays du matin calme. Nouvelle histoire de la Corée des origines à nos jours, Flammarion, 2016 ; - Michel Foucher : Le retour des frontières, CNRS éditions, 2016 ; - Justine Guichard, "La frontière inter-coréenne, par-delà la guerre froide ", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne] ; - Valérie Gélézeau : « Schizo-coréanologies. De la frontière spatiale aux discours de la division », Actes du Colloque « Aspects de la culture coréenne contemporaine », Nantes, juin 2014 ; - Micel Foucher : « A quoi servent les frontières », Questions Internationales, mai 2016 ; - L’Histoire n° 365, mars 2013 : La Corée, une civilisation, deux pays - L’Histoire.fr- la cartothèque : la guerre de Corée, 1950-1953 (janvier 2018)

Sources:

- Yann Le Bohec: La Germanie des Romains : des provinces de circonstance
- Vicedi en Allemagne : https://vicedi.com/saalburg/

Les frontières dans le monde aujourd'hui

 

Autres chapitres du Thème 3

Axe 2 : Les frontières en débat 

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- Reconnaître la frontière : la frontière germano-polonaise de 1939 à 1990, entre guerre et diplomatie.

- Dépasser les frontières : le droit de la mer (identique sur l’ensemble des mers et des océans, indépendamment des frontières).

 

 

 

 

Objet de travail conclusif : Les frontières internes et externes de l’Union européenne

- Les enjeux de Schengen et du contrôle aux frontières : venir en Europe, passer la frontière.

- Les frontières d’un État adhérent.

- Les espaces transfrontaliers intra-européens : passer et dépasser la frontière au quotidien.

 

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Rédigé par M. Orain

Publié dans #1ère, #2019, #Spécialité

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