8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 11:16

 

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Image du jeu 'Little big Planet"

 

 

Totalité de l'article disponible ici.

 

La procrastination est la tendance [...] à remettre systématiquement les choses au lendemain. Elle correspond à une idée reçue qui affirme qu'on est paresseux et qu'on gère mal son temps, alors qu'à la vérité, elle est alimentée par notre faiblesse à gérer nos impulsions.

[....]

 

On a tous tendance à dire qu'on préfère les fruits, mais lorsqu'une tranche de gâteau se présente à côté d'une pomme, c'est, statistiquement, vers le gâteau que va le plus facilement se diriger notre main. C'est pourquoi les files d'attente des films que l'on doit voir sont pleines de bons films.


Les psychologues parlent ainsi du "biais du présent" pour caractériser le fait que nous sommes bien souvent incapables de comprendre que ce que nous voulons à long terme et ce que nous voulons maintenant ne sont pas la même chose. Le biais du présent explique pourquoi vous achetez des légumes et des fruits et que vous oubliez de les manger…

 

Alors qu'on prend de bonnes résolutions, la procrastination nous conduit à agir autrement… C'est pourquoi on attend la dernière minute pour acheter les cadeaux de Noël, qu'on oublie de s'inscrire pour aller voter, qu'on préfère jouer encore un petit peu au jeu vidéo alors qu'on a un devoir à rendre demain matin, etc.

 

"Vous pouvez essayer de combattre ce penchant naturel. Acheter un agenda. Rédiger une liste de tâche… Vous pouvez lire tous les livres que vous voulez pour vous détacher de vos mauvaises habitudes… Vous pouvez devenir un drogué de la productivité entouré d'instruments (comme RescueTime) pour vous rendre la vie plus efficace, ces outils ne vous serviront à rien, parce que le problème ne repose pas sur la gestion du temps, mais sur le conflit qui se déroule dans notre cerveau."

 

LE SECRET DE LA MAÎTRISE DE SOI N'EST PAS DANS LA VOLONTÉ, MAIS DANS LA DISTRACTION


Dans les années 60, Walter Mischel a mené des expériences à l'université de Stanford sur les conflits de négociation des enfants. L'expérience est bien connue. Les enfants étaient assis devant une table avec des guimauves devant eux, ils pouvaient les manger tout de suite ou attendre que le chercheur revienne, auquel cas, il leur offrirait le double de bonbons.

 

Quand Walter Mischel a commencé à analyser les résultats, il a remarqué que les enfants qui avaient le plus vite saisi les bonbons étaient plus susceptibles d'avoir des problèmes de comportements, qu'ils ont obtenu de moins bons résultats scolaires que les autres… [...]

 

30 % des enfants ont réussi à attendre le retour du chercheur, 10 à 15 minutes plus tard. Bien qu'également soumis à la tentation, ils avaient eux trouvé une façon de résister…

 

Walter Mischel s'est rendu compte qu'il y avait un lien entre la performance scolaire des enfants et leur capacité à se contrôler. En 1981, il a recontacté 653 enfants qui avaient participé à l'expérience originelle, interrogeant leur capacité à planifier, à faire face à des problèmes à s'entendre avec leurs pairs. Et Mischel a remarqué que les enfants qui avaient cédé rapidement étaient plus susceptibles d'avoir des problèmes de comportement que les autres.


Pour Walter Mischel, l'intelligence tient en grande partie de la maîtrise de soi. Pour comprendre pourquoi certains enfants ne peuvent attendre et d'autres réussissent à se contrôler, il faut arriver à penser comme ils pensent. L'expérience de Mischel a montré que la maîtrise de soi dépend d'une compétence essentielle : la "répartition stratégique de l'attention". C'est-à-dire qu'au lieu d'être obsédés par la guimauve qu'ils avaient sous les yeux ("le stimulus chaud"), les enfants ont essayé de détourner leur attention en se couvrant les yeux, en jouant à cache-cache sous le bureau ou en chantant des chansons. "Leur désir n'a pas été vaincu, il a simplement été oublié." La clef est d'éviter de penser à la guimauve.

 

[...]

 

Pour Mischel, notre capacité à l'autocontrôle est autant génétique que sociale. Mais le test a montré que la capacité d'enfants à l'auto-contrôle issus de familles à faible revenu du Bronx était moindre que celle d'enfants de Palo Alto. "Quand vous grandissez pauvre, vous n'avez pas l'habitude de retarder votre rétribution. Et si vous ne pratiquez pas, vous ne saurez pas comment distraire votre attention, vous ne saurez pas élaborer les meilleures stratégies…" Les gens apprennent à utiliser leur esprit, comme ils apprennent à utiliser un ordinateur : par essais et erreurs.

 

[...]

 

[Il faut] apprendre aux enfants que les trucs ne fonctionnent pas que pendant l'expérience, mais qu'ils puissent apprendre à les appliquer à la maison, au moment de décider entre les devoirs et télévision par exemple.

 

Pour Angela Lee Duckworth, professeur de psychologie à l'université de Pennsylvanie et responsable de ce programme, essayer d'enseigner l'algèbre à un adolescent qui n'a pas la maîtrise de soi est un exercice assez futile. Selon elle, la capacité à retarder une gratification serait un facteur prédictif de comportement plus efficace que le QI. Si l'intelligence est importante, elle l'est moins que la maîtrise de soi. Walter Mischel sait qu'il ne suffit pas d'enseigner aux enfants quelques tours, le véritable défi est de transformer ces trucs en habitudes, ce qui demande souvent des années de pratiques assidues. "C'est là que les parents sont importants", reconnaît Mischel. "Ont-ils mis en place des rituels qui vous apprennent à retarder vos envies sur une base quotidienne ? Vous encouragent-ils à attendre ? Font-ils de manière à ce que cette attente vaille la peine ?"

Pour Mischel, les plus banales routines de l'enfance (comme ne pas grignoter avant le diner, d'attendre le matin de Noël pour déballer les cadeaux…) sont des exercices d'entraînement cognitifs en catimini, pour nous apprendre à déjouer nos désirs.

 

NOUS NE SAVONS PAS COMPOSER AVEC LES DÉLAIS

 

[...]

 

Le meilleur moyen pour déjouer la procrastination, estime David McRaney, est de composer avec les délais. Pourtant, là encore ce n'est pas si simple. Une étude de Klaus Wertenbroch et Dan Ariely réalisée en 2002 (.pdf) avait créé 3 classes d'étudiants devant rendre 3 devoirs chacune. La première devait rendre les 3 devoirs bout de 3 semaines. La seconde classe a déterminé 3 délais différents. La dernière classe devait rendre un devoir par semaine. Sans surprise, c'est la troisième classe qui a obtenu les meilleurs résultats alors que le premier groupe a eu les résultats d'ensemble les plus catastrophiques. Les étudiants sans lignes directrices ont tous tendance à remettre leurs devoirs au dernier moment…


Ces résultats suggèrent que si tout le monde a des problèmes avec la procrastination, ceux qui reconnaissent et admettent leur faiblesse, sont dans une meilleure position pour utiliser des outils disponibles capables de les aider à surmonter cette difficulté, explique Dan Ariely dans son livre (C'est (vraiment ?) moi qui décide). "La procrastination est une impulsion, comme d'acheter des bonbons à la caisse du magasin."


[...]

 

Hubert Guillaud

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